lundi 17 juin 2013
vendredi 14 juin 2013
La légende de Saint Julien l'hospitalier - G. Flaubert - Illustré par M.-E. Hunter
La Légende de
SAINT JULIEN
L'Hospitalier
Par GUSTAVE FLAUBERT
Illustré par M.-E. HUNTER
Le père et la mère de Julien
habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d'une colline. Les
quatre tours aux angles avaient des toits pointus recouverts d'écaillés de
plomb, et la base des murs s'appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient
abruptement jusqu'au fond des douves.
Les pavés de la cour étaient
nets comme le dallage d'une église. De longues gouttières, figurant des dragons
la gueule en bas, crachaient l'eau des pluies vers la citerne; et sur le bord des
fenêtres, à tous les étages, dans un
pot d'argile peinte, un basilic ou un héliotrope s'épanouissait.
Une seconde enceinte, faite de pieux, comprenait
d'abord un verger d'arbres à fruits, ensuite un parterre où des combinaisons de
fleurs dessinaient des chiffres, puis une treille avec des berceaux pour
prendre le frais, et un jeu de mail qui servait au divertissement des pages. De
l'autre côté se trouvaient le chenil, les écuries, la boulangerie, le pressoir
et les granges. Un pâturage de gazon vert se développait tout autour, enclos
lui-même d'une forte haie d'épines.
On vivait en paix depuis si
longtemps que la herse ne s'abaissait plus ; les fossés étaient pleins d'eau ;
des hirondelles faisaient leur nid dans la fente des créneaux ; et l'archer qui
tout le long du jour se promenait sur la courtine, dès que le soleil brillait
trop fort, rentrait dans l'échauguette, et s'endormait comme un moine.
A l'intérieur, les ferrures partout reluisaient ; des tapisseries dans
les chambres protégeaient du froid ; et les armoires regorgeaient de linge, les
tonnes de vin s'empilaient dans les celliers, les coffres de chêne craquaient
sous le poids des sacs d'argent.
On voyait dans la salle d'armes, entre des étendards
et des mufles de bêtes fauves, des armes de tous les temps et de toutes les
nations, depuis les frondes des Amalécites et les javelots des Garamantes
jusqu'aux braquemarts des Sarrasins et aux cottes de mailles des Normands.
La maîtresse broche de la
cuisine pouvait faire tourner un bœuf; la chapelle était somptueuse comme
l'oratoire d'un roi. Il y avait même, dans un endroit écarté, une étuve à la
romaine ; mais le bon seigneur s'en privait, estimant que c'est un usage des
idolâtres.
Toujours enveloppé d'une
pelisse de renard, il se promenait dans sa maison, rendait la justice à ses
vassaux, apaisait les querelles de ses voisins. Pendant l'hiver, il regardait
les flocons de neige tomber, ou se faisait lire des histoires. Dès les premiers
beaux jours, il s'en allait sur sa mule le long des petits chemins, au bord des
blés qui verdoyaient, et causait avec les manants, auxquels il donnait des
conseils. Après beaucoup d'aventures, il avait pris pour femme une demoiselle
de haut lignage.
Elle était très blanche, un
peu fière et sérieuse. Les cornes de son hennin frôlaient le linteau des
portes; la queue de sa robe de drap traînait de trois pas derrière elle. Son
domestique était réglé comme l'intérieur d'un monastère; chaque matin elle
distribuait la besogne à ses servantes, surveillait les confitures et les
onguents, filait à la quenouille ou brodait des nappes d'autel. A force de
prier Dieu, il lui vint un fils.
Alors il y
eut de grandes réjouissances, et un repas qui dura trois jours et quatre nuits,
dans l'illumination des flambeaux, au son des harpes, sur des jonchées de
feuillages. On y mangea les plus rares épices, avec des poules grosses comme
des moutons; par divertissement, un nain sortit d'un pâté; et, les écuelles ne
suffisant plus, car la foule augmentait toujours, on fut obligé de boire dans
les olifants et dans les casques.
La
nouvelle accouchée n'assista pas à ces fêtes. Elle se tenait dans son lit,
tranquillement. Un soir, elle se réveilla, et elle aperçut, sous un rayon de la
lune qui entrait par la fenêtre, comme une ombre mouvante. C'était un vieillard
en froc de bure, avec un chapelet au côté, une besace sur l'épaule, toute
l'apparence d'un ermite. Il s'approcha de son chevet et lui dit, sans desserrer
les lèvres :
— « Réjouis-toi, ô mère ! ton fils sera un saint ! »
Elle allait crier; mais, glissant sur le rais de la
lune, il s'éleva dans l'air doucement, puis disparut. Les chants du banquet éclatèrent
plus fort. Elle entendit les voix des anges ; et sa tête retomba sur
l'oreiller, que dominait un os de martyr dans un cadre d'escarboucles.
Le lendemain, tous les
serviteurs interrogés déclarèrent qu'ils n'avaient pas vu d'ermite. Songe ou réalité,
cela devait être une communication du ciel ; mais elle eut soin de n'en rien
dire, ayant peur qu'on ne l'accusât d'orgueil.
Les convives s'en allèrent au petit jour; et le père de Julien se
trouvait en dehors de la poterne, où il venait de reconduire le dernier, quand
tout à coup un mendiant se dressa devant lui, dans le brouillard. C'était un
Bohême à barbe tressée, avec des anneaux d'argent aux deux bras et les
prunelles flamboyantes. Il bégaya d'un air inspiré ces mots sans suite :
—
« Ah! ah! ton fils!... beaucoup de sang!... beaucoup
de gloire!... toujours heureux! la famille d'un empereur. »
Et, se baissant pour ramasser son aumône, il se perdit
dans l'herbe, s'évanouit.
Le bon châtelain regarda de
droite et de gauche, appela tant qu'il put. Personne ! Le vent sifflait, les
brumes du matin s'envolaient.
Il attribua cette vision à la
fatigue de sa tête pour avoir trop peu dormi. « Si j'en parle, on se moquera de
moi », se dit-il. Cependant les splendeurs destinées à son fils
l'éblouissaient, bien que la promesse n'en fût pas claire et qu'il doutât même
de l'avoir entendue.
Les époux se cachèrent leur secret. Mais tous deux chérissaient l'enfant d'un pareil amour; et, le respectant comme marqué de Dieu, ils eurent pour sa personne des égards infinis. Sa couchette était rembourrée du plus fin duvet; une lampe en forme de colombe brûlait dessus, continuellement; trois nourrices le berçaient; et, bien serré dans ses langes, la mine rose et les yeux bleus, avec son manteau de brocart et son béguin chargé de perles, il ressemblait à un petit Jésus. Les dents lui poussèrent sans qu'il pleurât une seule fois.
Quand il eut sept ans, sa mère
lui apprit à chanter. Pour le rendre courageux, son père le hissa sur un gros
cheval. L'enfant souriait d'aise, et ne tarda pas à savoir tout ce qui concerne
les destriers.
Un vieux
moine très savant lui enseigna l'Ecriture sainte, la numération des Arabes, les
lettres latines, et à faire sur le vélin des peintures mignonnes. Ils
travaillaient ensemble, tout en haut d'une tourelle, à l'écart du bruit.
La leçon terminée, ils
descendaient dans le jardin, où, se promenant pas à pas, ils étudiaient les
fleurs.
Quelquefois on apercevait, cheminant au fond de la vallée, une file de bêtes de somme, conduites par un piéton, accoutré à l'orientale. Le châtelain, qui l'avait reconnu pour un marchand, expédiait vers lui un valet. L'étranger, prenant confiance, se détournait de sa route ; et, introduit dans le parloir, il retirait de ses coffres des pièces de velours et de soie, des orfèvreries, des aromates, des choses singulières d'un usage inconnu ; à la fin le bonhomme s'en allait, avec un gros profit, sans avoir enduré aucune violence. D'autres fois, une troupe de pèlerins frappait à la porte. Leurs habits mouillés fumaient devant l'âtre; et, quand ils étaient repus, ils racontaient leurs
voyages : les erreurs des nefs sur la mer écumeuse,
les marches à pied dans les sables brûlants, la férocité des païens, les cavernes
de la Syrie, la Crèche et le Sépulcre. Puis ils donnaient au jeune seigneur des
coquilles de leur manteau.
Souvent, le châtelain festoyait ses vieux compagnons
d'armes. Tout en buvant, ils se rappelaient leurs guerres, les assauts des
forteresses avec le battement des machines et les prodigieuses blessures.
Julien, qui les écoutait, en poussait des cris ; alors son père ne doutait pas
qu'il ne fût plus tard un conquérant. Mais le soir, au sortir de l'angélus,
quand il passait entre les pauvres inclinés, il puisait dans son escarcelle
avec tant de modestie et d'un air si noble, que sa mère comptait bien le voir
par la suite archevêque.
Sa place dans la chapelle était aux côtés de ses
parents ; et, si longs que fussent les offices, il restait à genoux sur son
prie-Dieu, la toque par terre et les mains jointes.
Un jour, pendant la messe, il aperçut, en relevant la tête, une petite
souris blanche qui sortait d'un trou, dans la muraille. Elle trottina sur la
première marche de l'autel, et, après deux ou trois tours de droite et de
gauche, s'enfuit du même côté. Le dimanche suivant, l'idée qu'il pourrait la
revoir le troubla. Elle revint ; et, chaque dimanche il l'attendait, en était
importuné, fut pris de haine contre elle, et résolut de s'en défaire.
Ayant donc fermé la porte, et semé sur les marches les
miettes d'un gâteau, il se posta devant le trou, une baguette à la main.
Au bout de très longtemps un
museau rose parut, puis la souris tout entière. Il frappa un coup léger, et
demeura stupéfait devant ce petit corps qui ne bougeait plus.
Une goutte de sang tachait la dalle. Il l'essuya bien vite avec sa manche, jeta la souris dehors, et n'en dit rien à personne.
Toutes sortes d'oisillons picoraient les graines du
jardin. Il imagina de mettre des pois dans un roseau creux. Quand il entendait
gazouiller dans un arbre, il en approchait avec douceur, puis levait son tube,
enflait ses joues ; et les bestioles lui pleuvaient sur les épaules si
abondamment qu'il ne pouvait s'empêcher de rire, heureux de sa malice.
Un matin, comme il s'en
retournait par la courtine, il vit sur la crête du rempart un gros pigeon qui
se rengorgeait au soleil. Julien s'arrêta pour le regarder; le mur en cet
endroit ayant une brèche, un éclat de pierre se rencontra sous ses doigts. Il
tourna son bras, et la pierre abattit l'oiseau qui tomba d'un bloc dans le
fossé.
Il se précipita vers le fond,
se déchirant aux broussailles, furetant partout, plus leste qu'un jeune chien.
Le pigeon, les ailes cassées, palpitait, suspendu dans
les branches d'un troène.
La persistance de sa vie
irrita l'enfant. Il se mit à l'étrangler; et les convulsions de l'oiseau
faisaient battre son cœur, l'emplissaient d'une volupté sauvage et tumultueuse.
Au dernier roidissement, il se sentit défaillir.
Le soir, pendant le souper, son père déclara que l'on devait à son âge apprendre la vénerie; et il alla chercher un vieux cahier d'écriture contenant, par demandes et réponses, tout le déduit des chasses. Un maître y démontrait à son élève l'art de dresser les chiens et d'affaiter les faucons, de tendre les pièges, comment reconnaître le cerf à ses fumées, le renard à ses empreintes, le loup à ses déchaussures, le bon moyen de
discerner leurs voies, de quelle manière on les lance,
où se trouvent ordinairement leurs refuges, quels sont les vents les plus
propices, avec l'énumération des cris et les règles de la curée.
Quand Julien put réciter par cœur toutes ces choses,
son père lui composa une meute.
D'abord on y distinguait vingt-quatre lévriers barba-resques, plus
véloces que des gazelles, mais sujets à s'emporter; puis dix-sept couples de
chiens bretons, tiquetés de blanc sur fond rouge, inébranlables dans leur
créance, forts de poitrine et grands hurleurs. Pour l'attaque du sanglier et
les refuites périlleuses, il y avait quarante griffons, poilus comme des ours.
Des mâtins de Tartarie, presque aussi hauts que des ânes, couleur de feu,
l'échine large et le jarret droit, étaient destinés à poursuivre les aurochs.
La robe noire des épagneuls luisait comme du satin; le jappement des talbots
valait celui des bigles chanteurs. Dans une cour à part, grondaient, en
secouant leur chaîne et roulant leurs prunelles, huit dogues alains, bêtes
formidables qui sautent au ventre des cavaliers et n'ont pas peur des lions.
Tous mangeaient du pain de
froment, buvaient dans des auges de pierre, et portaient un nom sonore.
La fauconnerie, peut-être,
dépassait la meute; le bon seigneur, à force d'argent, s'était procuré des
tiercelets du Caucase, des sacres de Babylone, des gerfauts d'Allemagne, et
des faucons-pèlerins, capturés sur les falaises, au bord des mers froides, en
de lointains pays. Ils logeaient dans un hangar couvert de chaume, et,
attachés par rang de taille sur le perchoir, avaient devant eux une motte de
gazon, où de temps à autre on les posait afin de les dégourdir.
Des bourses, des hameçons, des chausse-trapes, toute
sorte d'engins, furent confectionnés.
Souvent on menait dans la
campagne des chiens d'oysel, qui tombaient bien vite en arrêt. Alors des
piqueurs, s'avançant pas à pas, étendaient avec précaution sur leurs corps
impassibles un immense filet. Un commandement les faisait aboyer; des cailles
s'envolaient; et les dames des alentours conviées avec leurs maris, les
enfants, les camérières, tout le monde se jetait dessus, et les prenait
facilement.
D'autres fois, pour débucher les lièvres, on battait du tambour ; des
renards tombaient dans des fosses, ou bien un ressort, se débandant, attrapait
un loup par le pied.
Mais Julien méprisa ces commodes artifices; il préférait chasser loin
du monde, avec son cheval et son faucon. C'était presque toujours un grand
tartaret de Scythie, blanc comme la neige. Son capuchon de cuir était surmonté
d'un panache, des grelots d'or tremblaient à ses pieds bleus ; et il se tenait
ferme sur le bras de son maître pendant que le cheval galopait, et que les
plaines se déroulaient. Julien, dénouant ses longes, le lâchait tout à coup; la
bête hardie montait droit dans l'air comme une flèche ; et l'on voyait deux
taches inégales tourner, se joindre, puis disparaître dans les hauteurs de
l'azur. Le faucon ne tardait pas à descendre en déchirant quelque oiseau, et
revenait se poser sur le gantelet, les deux ailes frémissantes.
Julien vola de cette manière le héron, le milan, la
corneille et le vautour.
Il aimait, en sonnant de la
trompe, à suivre ses chiens qui couraient sur le versant des collines,
sautaient les ruisseaux, remontaient vers le bois; et, quand le cerf commençait
à gémir
sous les
morsures, il l'abattait prestement, puis se délectait à la furie des mâtins qui
le dévoraient, coupé en pièces sur sa peau fumante.
Les jours de brume, il s'enfonçait dans un marais pour
guetter les oies, les loutres et les halbrans.
Trois écuyers, dès l'aube, l'attendaient au bas du
perron; et le vieux moine, se penchant à sa lucarne, avait beau faire des
signes pour le rappeler, Julien ne se retournait pas. Il allait à l'ardeur du
soleil, sous la pluie, par la tempête, buvait l'eau des sources dans sa main,
mangeait en trottant des pommes sauvages, s'il était fatigué se reposait sous
un chêne; et il rentrait au milieu de la nuit, couvert de sang et de boue, avec
des épines dans les cheveux et sentant l'odeur des bêtes farouches. Il devint
comme elles. Quand sa mère l'embrassait, il acceptait froidement son étreinte,
paraissant rêver à des choses profondes.
Il tua des ours à coups de couteau, des taureaux avec
la hache, des sangliers avec l'épieu; et même une fois, n'ayant plus qu'un
bâton, se défendit contre des loups qui rongeaient des cadavres au pied d'un
gibet.
Un matin d'hiver, il partit
avant le jour, bien équipé, une arbalète sur l'épaule et un trousseau de
flèches à l'arçon de la selle.
Son genêt danois, suivi de deux bassets, en marchant
d'un pas égal faisait résonner la terre. Des gouttes de verglas se collaient à
son manteau, une brise violente soufflait. Un côté de l'horizon s'éclaircit;
et, dans la blancheur du crépuscule, il aperçut des lapins sautillant au bord
de leurs terriers. Les deux bassets, tout de suite, se précipitèrent sur eux ;
et, çà et là, vivement, leur brisaient l'échine.
Bientôt, il entra dans
un bois. Au bout d'une branche, un coq de bruyère engourdi par le froid dormait
la tête sous l'aile. Julien, d'un revers d'épée, lui faucha les deux pattes, et
sans le ramasser continua sa route.
Trois heures après, il se trouva sur la pinte d'une montagne tellement
haute que le ciel semblait presque noir. Devant lui, un rocher pareil à un long
mur s'abaissait, en surplombant un précipice; et, à l'extrémité, deux boucs
sauvages regardaient l'abîme. Gomme il n'avait pas ses flèches (car son cheval
était resté en arrière), il
imagina
de descendre jusqu'à eux; à demi courbé, pieds nus, il arriva enfin au premier
des boucs, et lui enfonça un poignard sous les côtes. Le second, pris de
terreur, sauta dans le vide. Julien s'élança pour le frapper, et, glissant
du pied droit, tomba sur le cadavre de l'autre, la
face au-dessus de l'abîme et les deux bras écartés.
Redescendu dans la plaine, il
suivit des saules qui bordaient une rivière. Des grues, volant très bas, de
temps à autre passaient au-dessus de sa tête. Julien les assommait avec son
fouet, et n'en manqua pas une.
Cependant l'air plus tiède
avait fondu le givre, de larges vapeurs flottaient, et le soleil se montra. Il
vit reluire tout au loin un lac figé, qui ressemblait à du plomb. Au milieu du
lac, il y avait une bête que Julien ne connaissait pas, un castor à museau
noir. Malgré la distance, une flèche l'abattit ; et il fut chagrin de ne
pouvoir emporter la peau.
Puis il s'avança dans une
avenue de grands arbres, formant avec leurs cimes comme un arc de triomphe, à
l'entrée d'une forêt. Un chevreuil bondit hors d'un fourré, un daim parut dans
un carrefour, un blaireau sortit d'un trou, un paon sur le gazon déploya sa
queue; — et quand il les eut tous occis, d'autres chevreuils se présentèrent,
d'autres daims, d'autres blaireaux, d'autres paons, et des merles, des geais,
des putois, des renards, des hérissons, des lynx, une infinité de bêtes, à
chaque pas plus nombreuses. Elles tournaient autour de lui, tremblantes, avec
un regard plein de douceur et de supplication. Mais Julien ne se fatiguait pas
de tuer, tour à tour bandant son arbalète, dégainant l'épée, pointant du
coutelas, et ne pensait à rien, n'avait souvenir de quoi que ce fût. Il était
en chasse dans un pays quelconque, depuis un temps indéterminé, par le fait
seul de sa propre existence, tout s'accomplissant avec la facilité que l'on
éprouve dans les rêves. Un spectacle extraordinaire l'arrêta.
continuera ...
jeudi 13 juin 2013
L'Eran Vej
De même que la Bible considère le jardin d’Eden comme le
pays d’Orient d’où Adam et Eve ont été expulsés, de même pour les Iraniens l’Eran
Vej est l’Iran idéal que leur race a dû quitter pour se contenter du simple Royaume
d’Iran.

Cet Eran Vej, est le paradis perdu des iraniens, au sens religieux.
L'Eran Vej était un royaume inaccessible aux fils des hommes,
un Etat "couvert de pommiers" où n'accèdent que les sages.

samedi 1 juin 2013
jeudi 23 mai 2013
Français, gardez votre langue à l'université
Français, gardez votre langue à l'université
par:
Emily Apter New York University, responsable de collection à Princeton University Press;
Jacques Lezra Department of Comparative Literature, New York University;
Mîchael Loriaux Professor of Political Science, Northwestern University;
Nobutaka Mtura Professeur à l'université Chûo, Japon;
Myroslav Popovych Directeur de l'Institut de philosophie de l'Académie des sciences d'Ukraine;
Dumitru Topan Pecteur de l'université de Craiova, Roumanie;
Fernando Santoro Directeur du programme de doctorat, université de Rio de Janeiro.
par:
Emily Apter New York University, responsable de collection à Princeton University Press;
Izabela Aqutno Bocayuva Directrice du Centre de
philosophie, université de Rio de Janeiro ;
Xîaoquan Chu Doyen de l'Institut des langues et de la littérature étrangère, université Fudan, Chine; Jacques Lezra Department of Comparative Literature, New York University;
Mîchael Loriaux Professor of Political Science, Northwestern University;
Nobutaka Mtura Professeur à l'université Chûo, Japon;
Myroslav Popovych Directeur de l'Institut de philosophie de l'Académie des sciences d'Ukraine;
Dumitru Topan Pecteur de l'université de Craiova, Roumanie;
Fernando Santoro Directeur du programme de doctorat, université de Rio de Janeiro.
Le Parlement français examine ce jour un
projet de loi qui risque de contribuer à l’ 'expansion rapide de l’anglais comme
vecteur principal d'enseignement dans le système universitaire français. Nous,
qui décidons depuis la Chine, le Brésil, les Etats Unis, l'Europe centrale, de l’envoi
de nos étudiants en France, nous nous permettons de vous mettre en garde contre
la disposition législative envisagée, présentée comme un remède miracle pour favoriser
« l’attractivité » de vos universités
auprès de nos étudiants.
Elle
repose en fait sur une double erreur
d'appréciation.
La première porte sur les raisons qui conduisent des étudiants étrangers à
faire le choix de la France. Pas plus que les touristes ne viennent chercher
dans votre pays des Starbucks ou des McDonald's, nos étudiants n'aspirent à recevoir en anglais, dans vos universités ou grandes écoles, une
formation que, sans vouloir vous désobliger, vos
partenaires anglophones sont mieux armés que vous pour
dispenser. La mondialisation, qui provoque
des phénomènes d’uniformisation, a cet effet paradoxal de faire de la diversité
une valeur : ce que les meilleurs d'entre eux viennent chercher en France, la
raison pour laquelle nous les y envoyons, c'est justement une autre façon de
penser, une autre façon de voir le monde, un modèle culturel alternatif aux
modèles anglo-saxons dominants. Nous avons impérativement
besoin de cette autre voie. Or, cette différence est liée à la langue que vous parlez. Si le savoir est universel, la langue qui permet d’y accéder, elle, ne l'’est
jamais. Les langues ne sont pas interchangeable,
on ne dit pas la même chose dans une
langue et dans une autre. Vous avez
la chance de disposer en français d’un formidable capital d’intelligence lié à
une tradition plusieurs fois séculaire : ne le dilapidez pas en
renonçant à la langue qui le constitue. Il est absurde de considérer le
français comme un obstacle à l’attractivité de votre pays : dans la
concurrence mondiale, il représente votre avantage comparatif, votre valeur
différentielle.
Enfin, en venant en
France, et parce que votre pays est une porte d’entrée vers le Maghreb et
l’Afrique, nos étudiants cherchent aussi à bénéficier d’un tremplin, en
accédant par votre intermédiaire à ce vaste espace francophone, à ses
richesses, à ses perspectives de développement. Prenez garde à ne pas
décourager les pays qui en font partie, car comment voulez-vous qu’ils conservent
l’usage du français dans leurs systèmes éducatifs si vous-même y
renoncez ? Il est douteux que votre intérêt soit de brader les
avantages économiques que vous pouvez tirer de solidarités linguistiques
forgées par l’histoire.
Améliorez
vos infrastructures universitaires, facilitez l’obtention de visas, simplifier
les formalités administrative, offrez des perspectives de carrier aux étudiants
étranger que vous accueillez, renforcez chez eux, mais aussi chez les français
eux-mêmes, la maîtrise des langues : tels sont en France, comme partout
ailleurs, les objectifs à poursuivre pour améliorer l’attractivité d’un système
d’enseignement. Mais ne renoncez pas à l’usage de votre langue dans la
transmission des savoirs, car en vous appauvrissant vous-même, vous appauvrirez
aussi le monde entier.
mardi 21 mai 2013
L'écume des jours illustré par Jean-Théobald Jacus
Les frères Desmaret s’habillaient pour la noce.
Ils étaient très souvent invités comme pédérastes d’honneur
car ils présentaient bien.
Ils étaient jumeaux. L’aîné s’appelait Coriolan. Il avait
les cheveux noirs et frisés, la peau blanche et douce, un air de virginité, le
nez droit et les yeux bleus derrière de grands cils jaunes.
Le cadet, nommé Pégase, offrait un aspect semblable, à cela
près que ses cils étaient verts, ce qui suffisait, d’ordinaire, à les
distinguer l’un de l’autre. Ils avaient embrassé la carrière de pédérastes par
nécessité et par goût, mais, comme on les payait bien pour être pédérastes d’honneur,
ils ne travaillaient presque plus, et malheureusement, cette oisiveté funeste
les poussait au vice de temps à autre.
(Extrait - L'écume des jours Boris Vian)
dimanche 21 avril 2013
Simeon Solomon
Simeon Solomon
(Londres, 1840 - 1905)
Simeon Solomon est un peintre préraphaéliste. Ses
tableaux s'inspirent des
primitifs italiens, et il a le souci du réalisme et des couleurs vives. Il a une
prédilection pour des thèmes liés à la littérature, la poésie ou encore la
mythologie.
Le langage érotique des tableaux de Solomon était audacieux, si on le compare
avec les oeuvres décoratives de ses compagnons de route, les préraphaélites.
Oscar Wilde, disait de lui qu'il était un étrange génie et possédait des originaux; il raconte d'ailleurs dans De Profundis, le désastre de ses biens dispersés et vendus à vil prix et insiste sur la perte des tableaux et des dessins " Que tous mes beaux objets aient du être vendus, mes dessins de Burne-Jones, mes dessins de Whistler, mon Monticelli, mes Simeon Solomon..."
En 1873, il est accusé d’outrage à la pudeur par la morale victorienne et condamné à dix-huit mois de travaux forcés. En 1874 a été arrêté de nouveau à Paris, pour des faits analogues et condamné à trois mois de prison. Il devint alors un paria social, rejeté par ces anciens amis. Il tomba en dépression et s’adonna à l’alcool. Il meurt en 1905.
Inscription à :
Commentaires (Atom)




























